Histoires d'une vie de chien
Les Maîtres sont dehors devant la maison. Ils sont avec un gars qui a des bottes. Il est arrivé avec un camion plein de bois. On m'a fait rentrer et Darius aussi. Ils ont vidé la benne devant la
maison.
Le Maître parle fort avec le gars. La mâitresse qui est plus petite, est debout sur la marche de l'escalier, les bras croisés. Elle ne parle pas mais fait ouioui de la tete en regardant le gars.
La vitre est froide sur mon nez. ça fait des gouttes. Je remue la queue, j'aimerais bien aller sentir le gars encore une fois. Darius danse devant la fenêtre. Lui aussi il veut sortir, pour
pisser sur le bois qui vient d'arriver.
Je m'ennuie. Le gars et le Maître parlent toujours...
Où est le gnôme ? Je monte l'escalier... C'est interdit, mais ils sont dehors et le gnôme doit être là-haut. J'entre doucement dans la chambre. Le gnôme ne m'engueule jamais.... L'odeur est là. Elle est là, elle dort dans son lit. Une main dépasse de la couverture. Je lèche les doigts. La main disparait. Je remue la queue. C'est bien ici, il fait bien bon. Le bois claque en bas dans le cheminée. Le lit est recouvert de petits objets tous doux, elle en tient un sous le bras. Je les sens un par un en remuant la queue. Je m'assied au pied du lit et regarde le gnome. On ne voit que sa tete. Elle grogne. J'entends les autres dehors qui parlent toujours et Darius qui saute sur la porte. Je monterais bien me coucher sur cette couette.
La porte d'entrée s'ouvre et le moteur du camion démarre. Je redescend à toute vitesse la queue entre les pattes et file dehors avant qu'on me le demande. Le Maître dit "Qu'est-ce que tu
faisais là-haut toi, allez dehors ! "
Le camion est parti. Darius arrose les buches, consciencieusement, bien haut, l'une après l'autre.
Le Petit Prince de la maison.
Le Maître s'est préparé pour la chasse. Il est agacé. Il cherche quelquechose dans la cuisine. Il ouvre des boites, des tiroirs et regarde dans les pots. Ses bottes laissent
des mottes de terre partout où il passe. C'est de la terre du marais, ça sent la vase... (J'en connais une qui va encore faire la danse du balai en marmonnant). Moi je suis sous la table,
pas dans les pattes comme Onix, qui lui, va finir par se faire engueuler... Pour le moment il pleure en regardant le Maitre qui s'affaire. Qu'est-ce qu'il fabrique ?
Maintenant il tripotte une clochette et prend un collier dans le panier des colliers. Gling gling gling. ça m'amuse cette musique... La Maîtresse arrive avec un balai. Elle braille. "T'as pas
l'impression d'en foutre partout là ?". Il ronchonne et se dirige vers la porte l'air satisfait, le collier clochette à la main. gling gling gling....
Il appelle "FIGAROOO!". Mais Figaro est en train de filer ventre à terre dans le champ, Darius à ses trousses. "Ces 2 là ils s'entendent bien pour les
conneries". Moi je regarde tout par la baie vitrée. Le Maître rentre à nouveau en marchant sur la pointe des pieds avec ses bottes sales, là où la maitresse vient de nettoyer. Elle le
regarde d'un oeil mauvais. (On dirait Onix quand on passe à côté de sa gamelle.)
Il ressort sur la pointe des pieds , gling ...gling ... gling... et siffle Piiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip! piiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip!. Les 2 arrivent comme des bombes. Ils sont trempés et forcent le passage pour rentrer dans la maison. Figaro fait des glissades sur le carrelage de la cuisine. Sa queue tape partout. J'en profite pour lui attraper une belle touffe de poils. Darius est en transe. Onix aboie. La Maîtresse gueule "AH NON HEIN!! DEHORS LES 2 CRADOS !". Qu'est-ce qu'on se marre ...! Figaro ressort en se trémoussant , le Maître nous barre la route avec la botte sale. La Maîtresse ferme toutes les portes de la maison. Le maître rappelle Figaro et le fait assoir. Gling gling gling gling. Mais l'autre est tellement excité qu'il ne tient pas en place alors le Maître gueule un bon coup - gling gling. On va tous les 3 dans le même panier sous la table. Un peu petit...Darius reste debout. Les pattes arrieres en dehors du panier, ça fait plus de place. Le Maître fixe le collier autour du cou de Figaro. gling!
Il prend son fusil, le sifflet, les clés de la voiture. Figaro reste assis sagement. C'est pas son style. Le Maître ouvre le coffre de la voiture. Il regarde vers la maison. Mais Figaro est
toujours assis à coté de la terrasse et le regarde. Darius se jette sur les carreau. Il aimerait bien y aller, lui, à la Bécasse.... Le Maître l'appelle. "Figaro viens ici
!". Darius se met à aboyer. Figaro relève ses fesses. Gling. Il se rassoit. "FIGAROOOOOOOO!!". Rien. Figaro ne bouge pas. Le Maître a posé son fusil dans
la voiture. Il change de ton "Allez viens mon pépère, viens le bon toutou". Figaro le regarde mais rien à faire...il ne bouge pas Le Maître s'approche de lui. "Ben alors qu'est
ce que t'as c'est la clochette?". Il le prend par le collier et le tire. Allez viens, viens à la chasse. Le chien le suit. Le Maître tient le grelot. Puis lache le collier. Figaro s'assoit.
Le Maitre râle. "ça va pas, il va falloir l'habituer à la maison". Il enlève le collier. Figaro fait un bond et saute dans la voiture en remuant la queue. Le Maître à l'air au fond du gouffre. La
Maîtresse sur les marches de la maison, rigole. "Bonne chance ma Fée Clochette !" .
(par Fairy)
Les Maîtres se sont levés tôt. Ils ont descendu la voiture en arrière, tout près de la porte. La Maîtresse a sorti Darius du chenil. Pas Figaro. Il pisse sur tous les pneus de la voiture. Onix
pleure toutes les larmes de son coeur et se fait engueuler parce qu'il est "toujours dans les pattes et on va finir par se casser la gueule à la fin..!".
Le Maître est speed. Il descend le grand baton qui sent les cartouches de l'armoire et porte les bottes et les vetements de chasse dans la voiture, il en a plein les bras. Je le suis pas à
pas. Une botte tombe dans ses pieds. Il trébuche et se rattrape à la voiture en râlant sur la Maîtresse... elle, elle rigole. Elle est en train de tripoter les laisses et les colliers. Alors
ça ça m'intéresse ! Je pose mes pattes sur ses cuisses et elle dit "Oui ma Fairy [.... ] viens[...] bonne chienne[...] chevreuil [.... ] voiture [...] pas bouger...
lààààà..." et elle m'attache un gros collier en plastique autour du cou. Je suis très contente, on va aller se balader mais où? Je saute je saute je suis "dans les
pattes". Darius m'attrape la nuque en grognant et en soufflant. Il est bien speed lui aussi. Et il a un collier comme moi. Ça fait bizarre...
Les Maîtres ouvrent le coffre. On saute dans la caisse de chasse. J'y suis rarement allée. Il n'y a pas de tapis. Ça glisse mais y a de la place, et plein d'odeurs, des plumes et de la terre.
Darius est immobile. Il écoute. Le coffre est claqué et les maîtres montent. On part... Darius se cale dans un angle, contre le fond. Moi je tombe dans tous les virages. La voiture saute beaucoup
puis ralentit. On entend des voix aigues et une grosse voix de chien qui chante. Darius se met a pleurer et a tourner et à gratter dans la caisse. La voiture s'arrete. Darius pigne de plus belle
alors je pigne aussi et on finit pas chanter tous les deux en coeur. Le Maître braille "Hey ! c'est pas un peu fini là-dedans ?!!" Alors on s'arrete. C'etait bien
pourtant... Les Maîtres descendent de la voiture. On entend des voix puis les pas s'éloignent avec les voix des Maîtres qui plaisantent ...
Qu'est ce qu'on va faire ?
Les Maîtres reviennent et ouvrent les portières. Ils font tout un barouffe, déhoussent le fusil, mettent leurs bottes et leurs vestes qui sentent la graisse. Le coffre s'ouvre. Le Maître nous
donne un croissant. Darius recrache le sien - je le mange. On nous met des laisses. Non sans mal parcequ'on bouge tellement que la Maitresse est obligée de se fâcher. Un homme s'approche. Il
demande "C'est bon ? Salut Darius ! Ah c'est elle la petite Fairy ? elle a bien changé !" et il me caresse le crâne. Il sent le chien et sa manche sent la graisse aussi. Il en impose.
Darius ne le quitte pas des yeux. Le gars part derrière la ferme et on entend les chiens hurler. Je tire sur la laisse pour aller voir. Darius est sur les pattes arrières et
s'étrangle.
Un chien poilu comme un mouton, de ma taille, passe en trombe devant les voitures. Suivi de 2 puis 3 puis 5 chiens. Toutes les formes, toutes les couleurs. Il y en a un qui chante. C'est
celui de tout à l'heure. Je reconnais sa voix. Ça met Darius dans tous ses états. Il veut le rejoindre. Le grand gars souffle dans un truc qui brille : les chiens reviennent - le Maitre
détache Darius qui part comme une fleche le rejoindre. Le Maître dit en rigolant "pas de patrie celui là !! allez ... à tout à l'heure "Je suis toujours en laisse mais on descend dans un
bois. Je tire pour rejoindre Darius et les autres. La Maîtresse me détache. Je fonce. Je cherche Darius mais je ne le vois pas. Il y a des ronces partout. Plusieurs chiens sont passés par là et
le grand gars aussi. Alors je suis sa trace. Lui je le vois bien il dépasse nettement de la végétation. A l'odeur c'est facile aussi. Je le suis un moment, en passant sous les ronces, c'est moins
dur. Il crie de temps en temps "Allez.!.. làlàlà! ... 'ttention!... coule là-dedans! lààààààà.... ! " On peut pas le perdre au moins. On remonte un sentier le long d'un
talus. Il y a beaucoup d'orties et je fais des détours pour les éviter. Drôle de promenade. La Maîtresse marche derrière mais pas le Maître. Il n'est plus avec nous depuis un moment.... Mais je
ne suis pas toute seule. Darius n'est pas loin. Je croise son odeur de temps en temps. Il court avec les autres chiens et cherche partout. Quoi ? A la maison il y a des lapins et des merles. Mais
ici il espere en trouver aussi .. ? Il vient nous voir, me saute dessus et repart comme une flèche. Je file à ses trousses. Je suis maintenant au milieu des autres. Chacun à le nez au
sol, sur les troncs, sous les ronces, dans les coulées. Je vérifie que la Maîtresse et le grand gars à la trompe sont toujours là. Je m'éclate en tous cas. C'est très excitant. Le chien hirsute
comme un mouton se met à crier. Le chanteur reprend en coeur et Darius décolle pour les rejoindre. Je le suis comme un poulain collé à sa mère.
Tout à coup dans les fougères une odeur très forte dans la gorge. Darius crie aussitôt et file en hurlant. Qu'est-ce qui lui prend ? Je le poursuis et l'excitation commence à monter dans mes
pattes. Je me mets à crier aussi, en cadence avec les bonds que je fais par dessus les fougères. Je poursuis l'odeur et les cris. Et soudain BOOOOOOOOM ..... Un bruit assourdissant suivi d'un
deuxieme BOOOOOM juste après retentit dans tout le vallon. Je m'arrete net. Qu'est ce que c'était ? Pas rassurée.. du tout.... Je cherche Darius et les autres. Devant moi, au milieu d'un champ,
la troupe de chiens s'est arretée et s'affaire au sol en battant de la queue.. Le chanteur est assis à côté dans l'herbe et hurle.. repris en coeur par un autre, puis un autre. L'odeur est
toujours là. C'est effrayant. Je retourne auprès de la Maîtresse. Le grand gars court, la Maîtresse aussi. Elle me dit "Viens voir Fairy, viens voir ma bonne
chienne". Alors je la suis à distance, toujours inquiète. Le grand gars arrive aux chiens et s'agenouille dans l'herbe. Un autre repousse les chiens. On arrive. L'odeur est bien là,
toujours plus forte. Et le sang. Darius essaye de mordre le chevreuil, à la gorge. Le gars dit "C'est fini Darius, c'est fini, allez laisse, laisse".
Je m'approche pour flairer ce gros animal qui sent tellement
fort. La Maîtresse me caresse le dos en disant "C'est bien les toutous c'est bien, les bons chiens, bravo, c'est bien". Elle est ravie. Je reste à coté de cet
animal à l'odeur suffocante. Je ne le quitte pas des yeux. Je ne veux pas que les autres chiens approchent et les regarde méchament. Le grand gars les repousse tous. Darius tremble
d'enervement. Je leche le museau du chevreuil. C'est tres bon.
Le Maître arrive, le fusil sur l'épaule. Il a l'air content. Les autres plaisantent avec lui. Il me dit "Alors Fairy ? ta première chasse ? bien, hein ?". Darius lui saute dessus.
"C'est bien les bons chiens c'est bien". Un gars charge la bête sur son dos. On saute sur les jambes du gars qui finit par râler. La Maîtresse nous rattache pour qu'on
arrête. Une voiture est garée dans le champ. Ils mettent la bête dans le coffre et Darius se remet à crier quand la voiture s'en va. Où est partie la bête? Je tire tant que je peux pour retrouver
cette odeur magique qui me fait courir tellement vite. Tout le monde la porte sur les mains et les vêtements. Je me console comme je peux en flairant tout le monde tour à
tour... On revient à la ferme... On nous remet dans la caisse et les Maîtres disparaissent... Quelle frustration ! Ben alors ? C'est tout ? Non. Le Maître nous apporte à chacun un joli morceau de
viande fraîche. C'est délicieux, juteux, gouteux. Je finis par me coucher après avoir lécher longuement l'odeur du sang sur mes pattes. Je suis épuisée.
Je ne suis plus la même. J'ai chassé dans la cour des grands. C'était la courre des grands.
Il fait nuit depuis longtemps et il pleut. Beaucoup. J'attends le Maître, dehors sur la marche de l'escalier. On a mangé. Le Maître devrait deja etre rentré. Qu'est ce qui se passe... ce n'est
pas normal...
Figaro est parti chasser sous la pluie tout seul. Mais je ne vais pas avec lui j'attends la voiture. J'écoute mais rien... Un tracteur en bas au ruisseau remonte avec une remorque. Il s'arrete.
Un mec crie un truc a un autre mec et puis le tracteur redémarre. Mais ce n'est pas la voiture du Maître. La Maîtresse a sifflé Figaro plusieurs fois mais il ne revient pas. Il ne lui obéit
pas. Une autre voiture passe sur la route, c'est celle du voisin du carrefour. Pas le Maître. Les chiens du voisin du carrefour aboient. Pas commodes ces géants blancs. Je ne vais jamais les
voir. Ils sont dans des grilles.
La maîtresse passe devant la fenetre avec un panier en plastique. Celui sur lequel j'ai pissé et Onix aussi. Elle met du linge dedans. Fairy est restée dans la maison et me regarde en faisant des
dessins avec sa truffe sur les carreaux. Onix ort sur le tapis. Il ne fait que ça. Le voisin du carrefour gueule sur ses chiens qui se taisent. Mes pattes de devant tremblent sur la marche. ça
m'inquiete qu'il soit pas là à cette heure là. Le gnome appelle la Maîtresse. "Maman, Maman! je veux manger". La maitresse ouvre la porte et passe la tête dehors. Je me lève et écoute la route
aussi. Pas de voiture. Elle regarde au loin, quelques secondes et dit "Mais qu'est ce qu'il fout ?" Je regarde aussi. On est pareil. On s'inquiete... ça va pas.... La maîtresse rentre dans la
maison en disant "quel temps pourri..." Je reste debout tourné vers le portail. Je suis trempé. Et puis ça y est ! la voiture du Maître là bas qui arrive... je l'entends sur la grande route.
Je flaire et écoute bien pour vérifier, la voiture approche et ralentit au virage. Puis les phares allument les bambous devant moi et les etourneaux s'envolent sous la pluie en criant.
La voiture descend dans la cour je reste bien droit, bien loin parce qu'une fois le gars qui a les autres chiens m'a reculé sur les pattes arrière et ça fait mal.
Figaro arrive à fond la caisse derriere la voiture saute sur la portière. La voiture s'arrete. Le Maître gueule "Figaro!! pas bouger!", je mors Figaro sur le dos pour le faire descendre. La Maîtresse sort à son tour avec le gnome par la main, elle dit "coucouuuuu!". Le Maître sort des pizzas de la voiture. àa sent très bon. La Maîtresse est ravie et le gnôme saute en l'air. Elles sont chaudes et on va peut être en avoir. Apres je pourrai aller me balader au marais... maintenant qu'il est rentré... Je sautille derriere le Maître en sentant les pizzas, Onix me gronde dessus.
Tout va bien. Je remue doucement la queue...
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